Attention piège à frelons : il menace aussi nos abeilles

Piège à frelon asiatique : attention à l’ingrédient qui tue aussi les abeilles

Dans de nombreux jardins en France, la méthode courante pour lutter contre le frelon asiatique consiste à suspendre une bouteille en plastique remplie de liquide sucré. L’objectif est de capturer ces insectes pour protéger les ruches ou les abeilles sauvages. Cependant, ce piège, souvent considéré comme inoffensif, peut en réalité détruire des pollinisateurs, parfois plus efficacement que le frelon lui-même.

Au printemps, les reines de frelons asiatiques sortent de l’hibernation. Elles cherchent du sucre pour redémarrer leur activité et un endroit pour construire un nouveau nid. Chaque reine éliminée permet de réduire la création d’un nouveau nid et d’épargner environ 11 kg d’insectes, notamment des abeilles. En effet, une colonie moyenne de frelons consomme environ 97 000 proies, dont 40 % d’abeilles. Tout se joue donc dans le contenu du piège, à un détail près.

Un piège sucré qui tue aussi les abeilles

Introduit en France en 2004, le frelon asiatique a rapidement colonisé une grande partie du territoire. De nombreux particuliers ont adopté des pièges maison à base de miel, de confiture ou de jus de fruits, croyant bien faire. Ces recettes, transmises de voisin en voisin, partent du principe que le sucre attire le frelon. Mais elles ont un inconvénient majeur : elles attirent aussi les abeilles et autres pollinisateurs, ce qui rend ces pièges totalement non sélectifs.

Les apiculteurs remarquent que l’utilisation de pièges en bouteille ou en cloche, remplis de liquide sucré, provoque un véritable carnage autour des ruches. Les frelons, en cherchant des protéines pour nourrir leurs larves, chassent déjà des abeilles et autres insectes auxiliaires. Ajouter à cela des pièges mal conçus revient à accentuer la pression sur des populations déjà fragilisées. Depuis plusieurs années, la recherche porte donc sur un appât capable de différencier le frelon de ses victimes collatérales.

Une recette efficace à base de vin blanc, bière et sirop

La solution qui fait consensus chez de nombreux apiculteurs, et que recommande notamment le Parc national des Cévennes ou l’UNAF, repose sur un mélange simple en trois parts égales :

  • Une part de bière
  • Une part de sirop de grenadine
  • Une part de vin blanc

Selon Michel Le Boudec, apiculteur et président de l’ABSAP à Brec’h, ce mélange a permis à 125 bénévoles de capturer près de 7 800 reines en deux mois dans une commune morbihannaise.

Le vin blanc sec joue un rôle clé dans cette recette. Des études montrent que, lorsqu’elles sont exposées à l’éthanol, les abeilles se désorientent et évitent ces substances. Elles privilégient le nectar ou l’eau sucrée. L’alcool et l’acidité du vin blanc agissent comme un répulsif pour elles, alors que les frelons, eux, sont attirés par les glucides fermentés contenus dans la bière brune ou ambrée, ainsi que dans les sirops très sucrés.

Comment bien régler son piège au vin blanc

Un bon appât ne suffit pas à garantir la sélectivité du piège. Il doit également empêcher la noyade des insectes et leur permettre de sortir s’ils sont plus petits. Les spécialistes recommandent d’utiliser un compartiment d’appât inaccessible aux insectes, par exemple une éponge imbibée, et de placer des graviers ou de la paille au fond pour que les insectes puissent se poser.

Les ouvertures doivent être calibrées pour laisser passer les mouches ou guêpes, mais bloquer les frelons. La nasse coréenne, par exemple, utilise une entrée conique d’environ 9 mm, suffisamment large pour laisser passer Vespa velutina mais pas le frelon européen, plus massif.

Les pièges se posent dès que la température atteint entre 12 et 15 °C, généralement entre février et mai. Ils doivent être placés à une hauteur de 1,50 à 2 mètres, en bordure de haie ou près des fleurs. Pendant l’été, les ouvrières sont plutôt attirées par des appâts protéinés. Il est conseillé de vérifier les pièges deux fois par semaine, de les recharger tous les 8 à 10 jours, sans les laver, afin de maintenir leur efficacité. La mise en place collective d’une même recette dans un voisinage augmente aussi leur succès.

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