Cette poule bretonne peut-elle sauver les abeilles face aux frelons asiatiques

Frelons asiatiques : cette poule bretonne méconnue inquiète les apiculteurs, mais ne peut pas tout résoudre

Dans certains ruchers en Bretagne, des apiculteurs ont remarquablement observé une silhouette noire qui surgit rapidement dès qu’un frelon apparaît. En quelques secondes, l’insecte est attrapé, souvent par une poule. Cette poule, appelée la poule de Janzé, une race locale du sud de Rennes, est devenue une arme inattendue contre le frelon asiatique, considéré comme une menace majeure pour les abeilles.

Face à un frelon asiatique invasif, difficile et coûteux à combattre, cette poule suscite autant l’intérêt que la curiosité. Rustique, vive et très chasseuse, elle s’est installée dans les vergers et les ruchers bio comme une solution de lutte biologique. Cependant, la question reste ouverte : est-elle réellement efficace face à ce nuisible ?

Une race bretonne retrouvée et surprenante

Originaire d’Ille-et-Vilaine, la poule de Janzé a failli disparaître au 20e siècle, supplantée par des souches hybrides plus productives en œufs. Heureusement, des éleveurs passionnés ont réussi à la reconstituer. La race conserve son petit gabarit, environ 2,5 kilos pour le coq et 2 kilos pour la poule, ainsi que son plumage noir aux reflets brillants. Très active, elle passe ses journées à courir, gratter le sol et fouiller chaque recoin du terrain.

Conçue par le climat breton, cette poule supporte le vent et la pluie fine. Elle préfère rester dehors, même quand d’autres poules cherchent à se mettre à l’abri. Elle chasse larves, insectes et aime prendre des bains de poussière pour éliminer les parasites. Elle peut aussi grimper sur le dos des moutons pour leur retirer des tiques ou autres petites bêtes. Son tempérament énergique et sa capacité à voler haut, franchissant aisément des clôtures de deux mètres, en font une alliée inattendue pour défendre les ruches.

Comment la poule de Janzé traque le frelon asiatique

Le frelon asiatique a tendance à rester stationnaire devant l’entrée des ruches, en vol stationnaire, pour capturer les abeilles une par une. Selon le Muséum national d’histoire naturelle, cette présence affaiblit fortement la colonie, car les abeilles réduisent leurs sorties. La poule de Janzé profite de cette situation : elle se poste près des ruches, bondit et attrape le frelon avec son bec.

Une fois l’insecte saisi, elle le décapite, ne mangeant que le corps, laissant parfois les têtes au sol. Elle ne se limite pas aux frelons : chenilles, larves, vers et autres insectes figurent aussi à son menu. Dans un verger breton en agriculture biologique, l’introduction d’une centaine de poules de Janzé sur quelques hectares a permis de réduire d’environ 90 % la présence d’insectes nuisibles, tout en limitant la proximité des frelons autour des ruches.

Une alliée à encadrer mais pas une solution miracle

Sur le terrain, cette race bretonne agit comme un prédateur naturel intéressant pour protéger les ruches ou les vergers. Au printemps, elle peut aussi consommer des reines de frelons, ce qui évite la multiplication de ces insectes. Pour une efficacité optimale, les éleveurs recommandent de disposer d’un grand espace herbeux, d’un parcours arboré autour des ruches, de perchoirs en hauteur, et de leur fournir une alimentation en céréales modérée pour qu’elles aient toujours envie de chasser les insectes.

Les apiculteurs qui l’ont adoptée soulignent cependant que la poule de Janzé ne remplace pas la surveillance régulière des ruchers ni d’autres moyens de lutte contre le frelon asiatique. Elle permet de limiter la pression locale et de protéger les abeilles sur une zone donnée. En contrepartie, elle produit 150 à 170 œufs par an et fournit une viande appréciée. Mais elle ne peut pas éradiquer les nids ou empêcher la progression de l’espèce sur le territoire.

En résumé, cette poule bretonne constitue surtout un complément dans une stratégie globale de lutte, adaptée aux élevages en plein air disposant de suffisamment d’espace et de temps pour leur entretien.

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